Le mobilier

Outre sa splendide architecture qui lui vaut son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1981, la cathédrale Notre-Dame d'Amiens possède aussi un mobilier exceptionnel, caractéristique des grandes évolutions de l'histoire de l'art religieux depuis le XIIIe siècle.

 

Dans la nef, deux gisants de bronze représentent, côté sud, l'évêque Évrard de Fouilloy, qui fait poser la première pierre de la cathédrale en 1220, et côté nord, son successeur, Geoffroy d'Eu, qui, de 1222 à 1236, fait poursuivre la construction et voit s'élever les voûtes. Sauvés par deux fois des convoitises des fondeurs de canons, pendant la Révolution puis la Seconde Guerre mondiale, ces deux monuments du XIIIe siècle sont devenus aujourd'hui les seuls témoignages subsistant en France de cet art funéraire utilisant le bronze coulé d'un seul jet.

 

Installée dans la nef, à proximité du transept, la chaire, destinée à la prédication, est commandée en 1773 au sculpteur Jean-Baptiste Dupuis par l'évêque Louis François Gabriel d'Orléans de la Motte. Dans le style Louis XVI, le meuble en bois peint imite la pierre dans une harmonie de blanc et d’or. La cuve est soutenue par trois figures féminines représentant les Vertus Théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité. L’abat-voix est surmonté d’un ange. Les proportions de l’ensemble et la qualité de la sculpture suscitent les louanges des sculpteurs de l’époque.

 

Dans le bas-côté sud, le soubassement de la clôture accueille les gisants de l'évêque Ferry de Beauvoir et de son neveu Adrien de Hénencourt, doyen du Chapitre et donateur de l’ensemble. Surmonté d’arcatures, orné de huit hauts-reliefs, il montre une polychromie à rapprocher de celle qui a existé sur les portails extérieurs. Quatre scènes retracent l'histoire de saint Firmin, évêque évangélisateur d’Amiens, les autres figurant la découverte de ses reliques par saint Saulve. Exécutées entre 1490 et 1530, ces œuvres offrent une illustration très parlante de ce qu'était l'art coloré du Moyen Âge et de la Renaissance.

 

En symétrie, les clôtures nord sont également conservées sur deux travées. Les hauts-reliefs retracent l'histoire de la prédication et de la mort de saint Jean-Baptiste. Sculptés dans la pierre en 1531, comme l'indique l'inscription portée en bas à droite de la première arcature, ils présentent une remarquable polychromie. L’intérêt des différents exemples de costumes mérite que l’on s’attarde ici. Si certains sont exotiques, ils sont pour la plupart inspirés de ceux de la société contemporaine de l’œuvre. Le choix du thème rappelle à cet endroit que la cathédrale d'Amiens possède la relique du « chef » de Jean-Baptiste depuis 1206.

 

Les réaménagements partiels du XVIIIe siècle, commandés par l’évêque d'Orléans de la Motte, confèrent au sanctuaire la pompe et la théâtralité voulues par l’époque pour la célébration de l'Eucharistie. Dans le goût baroque, les marbres rouges, blancs, gris et noirs du dallage accompagnent les bois dorés et les effets fausse pierre de la gloire du maître autel. En total contraste avec cette mise en scène, il faut admirer l’exceptionnel ensemble de cent dix stalles taillées dans le chêne de 1508 à 1519 pour les chanoines. Les scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament ornent miséricordes, rampes et jouées, et témoignent du talent des huchiers picards. La verve populaire s’exprime sur les accoudoirs.