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De la restauration à la restitution

Véritable prouesse technique, la cathédrale Notre-Dame d’Amiens est l’un des plus beaux fleurons de l’architecture gothique classique. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1981 et 1998, elle s’impose depuis sa restauration comme la principale référence dans l’étude et la découverte de la polychromie des portails gothiques…

 

Au Moyen-Âge, le décor sculpté des églises, ainsi que certains éléments d’architecture, étaient peints de couleurs éclatantes. Les polychromies, retrouvées sur les portails de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, révèlent l’utilisation dès le XIIIe siècle de couleurs vives sur l’ensemble des sculptures.

 

Une restauration exemplaire

Le nettoyage au laser du portail Sud dédié à la Vierge, dit portail de la Mère-Dieu, a commencé en 1992. Testé durant plusieurs années au laboratoire de recherche des Monuments Historiques de Champs-sur-Marne, ce fut la première fois que le laser était utilisé en vraie grandeur grâce à la mise en place d’un laser mobile.

 

La technique du laser, devenue célèbre à Amiens, est appelée aussi désincrustation photonique. Elle consiste en des particules de lumières identiques de faible intensité, émises à une forte puissance, suivant des impulsions très courtes. L’onde provoque ainsi une microrésonance dans la couche de salissure qui se détache par effritement. Agissant par effleurement, le laser conserve à la surface de la pierre son intégrité.

 

Sur les parties nettoyées, tant au portail de la Mère-Dieu qu’à celui du Beau-Dieu, déjà quelques traces de polychromie ont été révélées sur les quadrilobes du soubassement et sur certaines statues colonnes, là où les intempéries et les ravages du temps ont fait leur oeuvre. Par contre, à l’abri dans les ébrasements, les voussures et les tympans, les bleus, les verts, les rouges, les ocres, les ors ressurgissent.

 

Ces peintures furent réalisées au XIIIe siècle, même si certaines teintes ont changé au cours des siècles en fonction de l’évolution du goût ou de la liturgie. Par cette révélation progressive des couleurs, la preuve est donc apportée à Amiens que les cathédrales gothiques d’Europe avaient leurs façades peintes.

 

S’il ne semble pas imaginable de repeindre la totalité de la façade occidentale de Notre-Dame d’Amiens, il est tout à fait concevable de recourir à d’autres moyens. La lumière en fait partie. C’est à partir des recherches menées par différents restaurateurs, ainsi que celles du laboratoire des Monuments Historiques portant sur la nature et la datation des pigments colorés utilisés durant le Moyen-Âge à Amiens, que les indications scientifiques définissent précisément les couleurs à restituer.
Le résultat est exceptionnel.

 

Les sculptures et les éléments d’architecture se parent des plus belles couleurs venues du Moyen-Âge, comme si les artistes, sur leurs échafaudages, avaient de nouveau appliqué au pinceau les pigments. La magie de cette recoloration propose une perception inédite de l’architecture médiévale.